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Le tournant de la finance
(environ 328 pages)

Le tournant de la finance

Auteur(s) Eloire (A01)
Editeur(s) CROQUANT
Collection(s) Action publique



Ean : 9782365124959

Date de parution : 09/06/2026

Résumé : Cet ouvrage de sociologie économique s’intéresse à une décennie charnière, celle des années 1980, au cours desquelles des transformations importantes dans les domaines monétaire et financier ont jeté les bases du mouvement de financiarisation des années 1990. Cette financiarisation caractérise l’évolution du capitalisme contemporain. Dans la littérature en sciences sociales, la notion de financiarisation est mobilisée pour décrire trois dynamiques qui se renforcent mutuellement : un nouveau régime d’accumulation du capital alimenté par l’explosion des activités boursières et des transactions financières , une nouvelle logique de gouvernance des entreprises caractérisée par la recherche de l’efficience boursière par les managers, poussés à créer de la valeur actionnariale , une diffusion de la culture financière qui encourage chaque citoyen à se vivre comme un investisseur. Quelles sont les racines de cette évolution historique du capitalisme ? En quoi les années 1980 ont-elles préparé à ces dynamiques ? Par quels mécanismes l’expansion de la mondialisation néolibérale a-t-elle opérée ? Cet ouvrage se propose de répondre à ces questions en s’appuyant sur l’étude d’un cas concret, celui de la France des années 1980, en entrant dans les coulisses de l’action publique menée, à l’époque, par un ensemble d’acteurs réformateurs, gouvernementaux et bureaucratiques. L’enquête sociologique repose sur des sources multiples et sur le dépouillement de différents fonds d’archives. Tout en retraçant finement les mesures prises durant cette période, elle suit aussi les argumentations et les modes de raisonnement économiques que les réformateurs font fonctionner de manière sous-jacente. Elle analyse leurs propriétés sociales, et donne à voir la force performative des notions phares de l’idéologie néolibérale que sont le marché et la concurrence sur les transformations institutionnelles. Les années 2000 ont vu éclore de nouveaux et nombreux acteurs financiers non bancaires, comme les hedge funds, fonds de pension ou de capital-investissement. Cette décennie n’est cependant que la « seconde phase » de la financiarisation, puisque c’est bien dans les années 1980 que la « première phase » s’est enclenchée, dans un contexte post-fin des accords de Bretton Woods en 1973 et post-chocs pétroliers de 1973 et 1979. Après un long XXème siècle de stabilité des activités boursières à l’échelle mondiale, le nombre des produits financiers et le volume des transactions s’est mis à croître de façon exponentielle dans la décennie 1990. Plus qu’une simple courbe, cette évolution est la manifestation d’un profond mouvement de restructuration de la dynamique du capital et l’expression d’un nouveau régime d’accumulation financiarisé, où le pouvoir actionnarial se renforce et où le partage de la valeur ajoutée se déforme en faveur du capital. C’est ainsi que les pays occidentaux voient ressurgir un « capitalisme florissant » pour les détenteurs d’épargne, qui voient les opportunités de profit, d’investissements et de spéculation se multiplier. A l’inverse, le monde du travail connaît une augmentation du taux de chômage (de 3% en 1970 à 12% fin 1990), un appauvrissement des salariés non cadres, et une précarisation des conditions de travail sur fond de délocalisations et de désindustrialisation. Au coeur de l’enquête présentée dans cet ouvrage, se trouve la publication, en 1986, du Livre blanc sur la réforme du financement de l’économie. Rédigé par le ministre de l’économie Pierre Bérégovoy et son cabinet, ce document retrace, avec force détails, l’action publique qui a été menée, durant deux ans, en matière de réformes monétaires et financières en France. Les auteurs y listent l’ensemble des mesures qu’ils ont initiées, et les mettent en perspective. Ils considèrent que leur action poursuit un « grand dessein », celui d’adapter le système de financement français à la mondialisation néolibérale, et qu’elle constitue une véritable « révolution financière », qui va mener à un boom des activités boursières. Contrairement aux Etats-Unis, où la marche vers la financiarisation a été le résultat d’un processus relativement autonome de restructuration du système économique, dans le cas de la France, c’est la haute administration qui s’est révélée être le moteur du développement des marchés financiers. En lien avec des membres du cabinet du ministère de l’économie et de la Banque de France, les hauts fonctionnaires de la direction du Trésor travaillent à la mise en application de leur doctrine du « maintien des grands équilibres », et à concevoir les mesures de libéralisation des transactions boursières, et les modalités d’une nouvelle gestion de la politique monétaire. Comme le montre l’enquête, les réform

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